Le poste de conduite des Bugatti offre au conducteur une position dominante qui lui assure la visibilité des signaux par-dessus la caisse de l'autorail. Il est installé sur un plancher, constitué d'éléments démontables, situé au-dessus des moteurs, et dispose d'une simple selle en guise de siège. Il a devant lui, outre le cylindre de frein, un pupitre sur lequel sont disposés : les compte-tours moteurs, les boutons de lancement des moteurs, les témoins de pression d'huile, les feux de signalisation pour la marche en jumelage ou servant aux communications avec "l'homme-pétard" sur les Bugatti doubles ou triples, les manettes des gaz (deux sur les 400 ch, quatre sur les 800 ch), enfin, le robinet de frein direct et, sur les doubles et les triples, une valve de double commande des sablières.
La conduite est extrêmement simple, il suffit de lancer successivement les moteurs et de tirer plus ou moins sur les manettes des gaz, en fonction de l'accélération désirée ou de la vitesse à maintenir. Dès l'arrêt, à moins qu'il ne soit très court, les moteurs sont arrêtés pour éviter réchauffement de l'huile de l'embrayage hydraulique. La partie de chaque élément de plancher située au-dessus des carburateurs comporte une sorte de hublot permettant au conducteur de déceler un début d'incendie, auquel cas il interrompt immédiatement, par la commande à distance, l'arrivée d'essence au moteur qui est l'objet de l'incendie.
Il faut bien reconnaître que la position du conducteur dans le kiosque de conduite était notoirement inconfortable, non seulement du fait de la rusticité du siège, mais aussi en raison de la chaleur qui régnait au-dessus des moteurs. En période d'été, celle-ci était telle au niveau des carburateurs que le carburant se vaporisait, ce qui provoquait des ratés d'allumage (phénomène dit de "vapor-lock" combattu par des poches de glace Dosées sur les pompes et carburateurs).
A l'effectif de trois réseaux
Seuls les trois réseaux, l'AL, l'Etat et le PLM, ont eu des Bugatti à leur effectif, avant la création de la SNCF en 1938, situation qui restera la même jusqu'à la déclaration de guerre, en septembre 1 939. A partir de cette date, les autorails seront garés pour plus de quatre années.
Le réseau d'Alsace-Lorraine met en service, en 1935, deux Bugatti de 400 ch de type léger, basés à Strasbourg et qui circuleront vers Wissembourg d'une part, et Mulhouse-Bâle d'autre part. En 1937, l'AL reçoit un autorail 400 ch, sur allongé, et les trois autorails sont mutés à Metz pour desservir Metz-Luxembourg et Metz-Reding. A partir de la fin août 1 938, l'AL récemment rattachée à la région Est de la SNCF, met en service trois Bugatti triples de 800 ch, qui assurent les relations rapides Strasbourg-Paris. C'est le dépôt de Strasbourg qui, en remplacement des trains rapides 28 et 35, les prend en gérance.
L'Etat reçoit en 1939 le premier autorail de 800 ch construit par Bugatti, qui sera désigné Présidentiel, tête de la série de neuf, livrés au réseau. On ouvre à cette occasion le dépôt autorails de Bois-Colombes. Les 800 ch Présidentiel commenceront à circuler sur Paris-Trouviile, puis sur Le Havre (228 km en 1 h 56 mn - il faudra attendre l'électrification pour faire mieux). Ces autorails prendront une remorque Bugatti à partir de 1935. Cette même année, le dépôt de Bois-Colombes reçoit des 400 ch type léger, qui circuleront sur Paris-Dieppe, Paris-Bagnoles-deTOme, Paris-Cabourg. Sur la section Trouville-Cabourg, le profil comporte une rampe de 28mm/m qui prend naissance juste aux aiguilles de sortie de Villers-sur-Mer. Pour l'attaquer dans les meilleures conditions, les autorails Bugatti s'arrêtaient à l'extrémité du quai de Villers, côté Trouville, de façon à pouvoir franchir les aiguilles de sortie au moins à 30 km/h. Il n'était pas rare qu'un autorail recommence son démarrage après avoir refoulé! Toujours en 1935, l'Etat affecte des 400 ch de type surallongé à Nantes, pour assurer la relation Nantes-Dieppe, via Le Mans, Surdon, L'Aigle, Serquigny, Rouen, sur laquelle la vitesse commerciale sera de 96 puis de 100 km/h, avec sept arrêts intermédiaires. A partir de la fin de 1935, les 400 ch de Nantes assureront une relation semi-directe Nantes-La Rochelle.
Dans le courant de 1936, l'Etat reçoit son premier autorail triple de 800 ch, qui sera affecté aux liaisons rapides Paris-Le Havre. A cette occasion, le dépôt autorails de Batignolles-Remblai est ouvert, en remplacement de Bois-Colombes qui sera conservé comme dépôt électrique puis démoli en 1977. Les relations rapides quotidiennes Paris-Le Havre sont assez nombreuses pour utiliser pratiquement tout l'effectif des 800 ch de Batignolles-Remblai. Les 400 ch assurent des relations saisonnières sur Trouville et Cabourg et de fin de semaine sur Dieppe, à longueur d'année.